premiere pierreÀ l’occasion du Salon du Livre qui s’est tenu ce vendredi à Paris, Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque National de France (BNF) a présenté au public le site Europeana. Il s’agit de la contribution française au vaste projet de bibliothèque numérique européenne (BNUE). L’échec de Quaero, le projet de moteur de recherche européen et la relative utilité du Geoportail de l’IGN (Institut Géographique National) qui est une pâle copie de Google Maps, conduisent à s’interroger sur le devenir de la futur bibliothèque numérique version européenne.

L’idée d’une BNUE est apparue en 2005, en réaction au lancement de Google Print (devenu Google Search Book), la bibliothèque virtuelle du célèbre moteur de recherche.

Jean-Noël Jeanneney, soucieux de préserver l’identité culturelle et le patrimoine de l’Europe s’est employé à sensibiliser l’opinion publique dans un pamphlet devenu célèbre intitulé « quand Google défie l’Europe ». Mais Google Book constituait-il vraiment une menace ? L’importante levée de fond et le rassemblement de nombreux pays européens autour du projet semblent le confirmer.

Un projet soutenu par les pouvoirs publics

3,5 millions d’euros ont été alloué à la BNF pour mener à bien ce projet. Europeana propose 12.000 ouvrages libres de droits dont 7.000 français, 4000 hongrois et 1.000 portugais. L’Élysée ne compte pas en rester là et souhaite accélérer la négociation des droits d’auteurs et la numérisation des ouvrages. Ainsi la BNF a pu renforcer son personnel et obtenu un financement de l’Etat à hauteur de 10.000 millions d’euros par an, 100.000 ouvrages sont prévus pour l’été. Toutefois, pour que la BNUE voit le jour chaque Etat devra apporter sa pierre à l’édifice. Cela risque de prendre du temps car chacun avance à son rythme. En 2005, la Commission européenne sensibilisée par la mise en place d’une BNUE avait lancé un plan d’action soutenu par de nombreux pays. Pourtant, 2 ans plus tard seuls trois pays répondent présent.

Un site en décalage

Europeana est loin de ce que l’on pouvait attendre au regard des moyens engagés. L’ergonomie est très universitaire et peu enclin à la démocratisation de la bibliothèque virtuelle. La présentation quant à elle est vieillotte à l’image de notre vieille Europe. Toutefois, ne condamnons pas trop vite Europeana. En effet, comme le souligne Jean-Noël Jeanneney, il s’agit de « la contribution française version beta » destinée à montrer la voie aux autres pays européens mais également aux éditeurs pour les inciter à rejoindre au plus vite le projet. Un long chemin reste donc encore à parcourir. Ainsi, le prototype français sert de modèle au projet de BNUE.

Europeana est-il de taille ?

Google continue de numériser des oeuvres sans autorisation, mais a tout de même signé de nombreux accords notamment avec des éditeurs français (Eclat, Masson, Vrin, Harmattan) ainsi que des universités (Complutense en Espagne, Oxford en Angleterre) et bibliothèques (en Bavière) européennes.

Yahoo a lancé l’Open Content Alliance qui numérise les œuvres tombées dans le domaine public et des oeuvres protégées mais via des licences Creative Commons. Microsoft a quant à lui lancé Msn Book Search.

Face à de tels concurrents, la tâche de Europeana s’avère ardue. Sans compter que les internautes français et européens plébiscitent massivement les sites américains souvent plus en phase avec les technologies actuelles.

Un modèle économique à définir

Europeana propose pour le moment des oeuvres libres de droit, mais quid des œuvres protégées. Europeana devra à son tour faire du pied aux éditeurs français. Serges Eyrolles, président du Syndicat National de l’Edition craint que la numérisation des oeuvres annonce la fin du livre en raison du piratage. Europeana prendra probablement plus de temps pour atteindre l’objectif des 6 millions d’ouvrages prévus pour 2010. Les pouvoirs publics devront convaincre les ayants droits et offrir un modèle économique cohérent. Alors que Google joue les contrefacteurs pour attirer un plus grand nombre et négocie ensuite. En outre, la vente de livres en format numérique ne devrait pas tarder à se profiler. Cela risque de mettre en péril les librairies indépendantes déjà mise à mal par le chouchou de Google, Amazon.

On reproche à Google son manque de pluralisme, souhaitons que Europeana ne se perde pas dans sa quête effreinée de diversité culturelle.