Les milliers d’internautes turcs privés de Youtube peuvent se réjouir. À l’instar du tribunal brésilien, le tribunal d’Istanbul qui avait quelques jours auparavant ordonné la fermeture du site d’échange de vidéos vient enfin de lever, ce vendredi, son interdiction. Les juges ont, en effet, autorisé le fournisseur d’accès Internet, Turk Télecom à rendre accessible le portail communautaire américain.
C’est un conflit entre nationalistes turcs et grecs qui est à l’origine de l’affaire. Ces derniers se provoquaient depuis le début de l’année au moyen de vidéos interposées mises à disposition du public sur Youtube. Certaines vidéos échangées ont été jugées attentatoires à l’image de Mustafa Kemal Atatürk, le père fondateur et le premier président de la République Turque.
Notons qu’aux termes de l’article 301 du code pénal turc « quiconque humilie ouvertement le gouvernement, les organes de justice et l’Etat les structures militaire et policière » risque d’encourir une peine pouvant aller de 6 mois à 3 ans d’emprisonnement.
On ne peut que saluer la fin de ce blocus disproportionné au regard de l’atteinte subit. La suppression des vidéos litigieuses aurait dû suffire au tribunal turc qui a préféré prendre une mesure « radicale » et « inappropriée » ainsi que s’en est insurgé Reporter Sans Frontière suite à la fermeture du site.
Cela relance un épineux débat sur l’entrée de la Turquie au sein de l’Union Européenne et le respect de la Convention Européenne des droits de l’homme. Le dernier rapport de la commission européenne sur l’élargissement de L’UE, en date du 8 novembre 2006, indique que la Turquie s’est engagée dans une série de réformes afin de satisfaire aux exigences de critères d’adhésion de Copenhague. Toutefois, il dénonce de nombreuses dispositions du code pénal turc et notamment l’article 301 précité, qui restreignent considérablement la liberté d’expression.
Cette dernière affaire montre que le travail est loin d’être achevé. Rappelons que depuis le 1er décembre 2006, l’accès à Youtube est toujours interdit en Iran qui envisage de surveiller les SMS de plus près, au nom de « l’invasion culturelle ». La Turquie devra engager des efforts résolus car de longs progrès restent malheureusement encore à faire.
