C’est désormais au tour de la Thaïlande de faire de la censure, car c’est bien de cela dont il s’agit. Le portail américain d’échanges vidéos, Youtube est fermé en Thaïlande depuis hier. Cette fermeture fait suite à la diffusion sur le site d’une vidéo de quelques secondes, qui selon les autorités thaïlandaises, porterait atteinte à l’honneur du roi Bhumibol Adulyadej.
Le Ministre de l’Information et des Technologies, Sithichai Phokai-udom a annoncé que le blocus serait levé lorsque Youtube aurait décidé de retirer la vidéo litigieuse. Mais le site américain s’y est fermement opposé, au motif notamment que le président américain faisait lui aussi l’objet de nombreux montages vidéos, très peu élogieux qui n’ont jamais conduit à la fermeture du site.
Google refuse donc de céder pour faire respecter une liberté fondamentale, chère à nos démocraties : la liberté d’expression. On s’étonnera, toutefois, que la firme américaine ne monte pas aussi vite au créneau lorsque la censure vient de Chine. Le poids de la liberté d’expression varierait-il en fonction des intérêts économiques ? Tout porte à croire que oui. Toutefois ne condamnons pas trop vite Google qui dans cette affaire agit pour la bonne cause.
Comme en Turquie, l’atteinte à l’image du père de la nation est un crime grave, sévèrement puni. En effet, aux termes de l’article 112 du code pénal thaïlandais le fait d’insulter, de calomnier ou de menacer la famille royale constitue un crime de “lèse majesté” pénalement répréhensible d’une peine de trois à quinze ans de prison. La loi réprimant ce type de crime est pratiquement inchangée depuis son entrée en vigueur dans le premier code pénal en 1908.
LegalInTouch n’est pas du tout partisan des moqueries et provocations inutiles qui sévissent parfois sur Internet. Chaque peuple culture ou religion devrait être respecté. Néanmoins, un pays qui condamne un homme à 10 ans de prison parce qu’il a dégradé des affiches représentant son roi, est inadmissible. Ce geste est certes être condamnable, mais la sanction est manifestement disproportionnée au regard de l’acte.
En outre, la fermeture totale de Youtube pour quelques images est excessive. Notons qu’une mesure de censure est une décision grave qui restreint de manière arbitraire la liberté d’expression. C’est pourquoi, elle ne doit jamais se prendre à la légère. Elle devrait faire l’objet d’une décision de justice. Souhaitons que Youtube réouvre au plus vite.
mise à jour le 10 avril 2007 :
Oliver Jufer le ressortissant suisse condamné à 10 ans de prison pour avoir dégradé des affiches du roi Bhumibol Adulyadej vient d’être gracié par le roi. Il a en effet, été libéré et sera remis à l’ambassade suisse pour un vol en direction de Zurich. Cette décision est-elle dictée par le tapage médiatique autour de cette affaire ou la bonté du roi à quelques jours du nouvel an bouddhiste? Quelles que soient les raisons, LegalInTouch salue cette décision.

16 avril 2007 @ 11:56
Il est très choquant de voir que l’image du roi est bien plus importante que l’arrivée massive de pervers notoires sur le sol thaïlandais. L’égocentrisme royal n’a d’égal que son manque d’humanité.